Association des SAXophonistes

The Whoop Group ‎– Crimes

The Whoop Group ‎– Crimes
Sarton Records
ref SARTON029-2
64 minutes
2017
notre avis

Nostalgie du « largo » du Printemps, épaisseur sonore du quatuor. Le soprano, aux aigus très purs, est comme un éclairci, qui se devine au-dessus de l’inquiétant ostinato de l’alto et du ténor. Le baryton chante mélancoliquement sa ligne de basse. L’« allégro » de l’Automne sonne plus solennel, avec ses basses plus riches, et ses voix d’alto (Mateusz Dobosz) et de soprano plus joyeuses, plus colorées. Ils se métamorphosent en voix tragiques et énergiques dans le « presto » de l’Été, dans un jeu dialogique captivant, enchanteur. Tel sonne ces quelques transcriptions de Vivaldi.

Edvard Grieg ensuite, plus joueur. Les saxophones se poursuivent dans Puck, puis se transforment en chanteurs lyriques dans Once upon a time, nous racontant quelque dramatique histoire. Le chant de l’alto s’imprime alors dans notre âme, avant que l’esprit champêtre du soprano ne l’interrompe. Ténor (Krzysztof Koszowski) et baryton alors de faire la pompe, gaiement et néanmoins pesamment. Vient ensuite la Valse. Elle a l’air tout droit sortie d’un autre univers, où la candeur s’exprimerait en toute sérénité. Le chant passe momentanément aux aigus du baryton (Szymon Zawodny), au timbre si spécial et pourtant si clair, avec malgré tout cet accent tragique qui lui est propre. Et réapparaît une douceur mélancolique : c’est l’Arietta. Épaisseur sonore, douce et timbrée, qui assurent une solide assicise à la prière entonnée par Jakub Muras au saxophone soprano, que ses amis laissent s’élever avec légèreté au-dessus d’eux, jusqu’à cette sublime et subtile cadence. Puis une nouvelle course poursuite, comme endiablée, de la March of the Dwarfs. Une douceur poignante et susurrante des aigus donne à cette pièce une pureté d’un autre âge.

Pesanteur du Prélude op.28 n°4 de Frédéric Chopin. Les saxophones se font pesants. Seul chante d’abord le saxophone soprano, parfois laissé à nu, et toujours cette rondeur sonore qui tend le son, ajoute à sa substance tragique. Le chant est triste, sans toutefois relever de la prière, mais plutôt narratif. Le Prélude op.28 n°12 renoue avec le thème de la poursuite. Le baryton entraîne la troupe avec ses graves puissants et précis. Idem de l’Étude op.25 n°4.
A présent, voyageons : Ciudades, de Guillermo Lago. Tout d’abord, Tokyo. Une ouverture comme un canon, la gaîté s’impose d’elle-même, avec ses jeux d’échos, et ses sons de cloche. Dextérité instrumentale, des slaps, jusqu’alors absents, apportent de nouvelles couleurs à cet univers sonore. Il y a quelque chose de répétitif qui nous invite à la méditation, au calme et à la sérénité. Sarajevo, ou le thrène tragique. Un même chant, qui se passe d’un saxophone à l’autre, identique, et de plus en plus chargé de poids, de plus en plus accablant. Puis il se fait doubler, gagnant en intensité, alors que les basses paraissent de plus en plus sortir des fin-fonds d’une terre meurtrie. Mystérieuse Köln ! Interventions éphémères, graves lourds, et toujours cet ostinato inquiétant. Les timbres se mélangent, et l’atmosphère n’en devient que plus indescriptible. Les couleurs oscillent. L’indétermination se prolonge jusqu’à ce qu’un chant s’élève, comme si tout convergeait vers lui. Puis viennent ces joyeuses sonorités hispaniques, avec Cordoba, où l’impression d’inquiétude, ou d’incertitude, en arrière-fond, toujours là, captive toujours autant notre oreille. Nous nous enfonçons alors dans la nuit de Montevideo, avec cette mélodie, toujours plaintive, au soprano, puis une sorte d’incantation au baryton, soutenue, déchirante et bouleversante. Puis nous retrouvons la chaleur à Addis Abeba. Virtuosité et encore des poursuites. Cette pièce nous entraîne dans des paysages inconnus.

Restons dans la danse avec les Fireworks de Karol Beffa. Les saxophones sautillent with swing. Les aigus se font éclairs de lumière. Le baryton martèle les temps. Notre esprit se déhanche. Le titre de Dark se passerait bien de commentaire, s’il ne sous-entendait pas les subtils mélanges des timbres. Plus qu’une obscurité, il y a là du mystère, une tension palpable. Et Immutable propose encore un motif entêtant, qui s’insère dans votre corps pour ne plus en ressortir. Nous sommes comme possédés. Et l’album Crimes se referme sur une pièce rythmique : Rhythmical. Les différentes dynamiques nous transportent les unes après les autres dans un univers inexploré, ignoré de tous. Les saxophones se suivent, masqués, et nous entraînent avec eux dans leur danse.
Cet album poignant oscille entre plainte et poursuite, noirceurs et lumière. Une expérience que partage The Whoop Group qui reste vivace et présente pour quelques temps encore.

Maxime Ralec

Jakub Muras, Mateusz Dobosz, Krzysztof Koszowski et Szymon Zawodny, sont quatre saxophonistes polonais, aussi connus sous le nom de The
Whoop Group. The Whoop Group nous présente son premier disque “Crimes”.
Ce disque est une bouffée d’air frais qui revisite Vivaldi et ses fameuses “Quatre Saisons” qui ont impréssionné au XVIIIe siècle et qui continuent bien présentes dans nos oreilles avec ses images musicales et ses effets mélodiques et harmoniques. On fait ensuite un saut d’un siècle environ pour retrouver Edvard Grieg et quelques-unes de ses “Pièces Lyriques” (extraites des livres 10, 1 et 5 respectivement), originalement écrites pour le piano, qui nous font léviter dans une atmosphère romantique et rêveuse à la fois calme et tendre, énergique et active. Notre voyage se poursuit avec Chopin, compositeur polonais, exilé à Paris, et deux de ses “24 Préludes” pour piano, ainsi que son étude Op.25 no.4. Si on sent l’atmosphère des
salons parisiens, on sent aussi l’âme polonaise de ce Romantique dont le corps repose à Paris et le coeur à Varsovie. On fait encore un saut, d’un
siècle et demi environ, et on se retrouve aux Pays-Bas avec Guillermo Lago (pseudonyme du compositeur Willem van Merwijk) et ses connues “Ciudades” (Villes). Le compositeur nous présente ici plusieurs “tableaux” qui nous transportent dans l’atmosphère et le “rythme” de plusieurs villes, telles que Tokyo, Montevideo, Córdoba ou Sarajevo. On termine ce disque en beauté par “Fireworks” de Karol Beffa, oeuvre très rythmique et expressive dont le vituosisme rythmique et technique sont au rendez-vous pour nous faire visualiser des scènes, comme si un film se déroulait sous nous yeux.
On peut avoir une idée des compositeurs qui ont influencé ces quatre musiciens polonais, qui nous montrent, comme beaucoup l’ont fait avant eux, que les possibilités du saxophones sont immenses. Définitivement un disque à avoir dans sa bibliothèque personnelle.

Pedro LEITE TEIXEIRA

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