Jérôme Laran rencontre Roger Boutry. Propos recueillis par Christian Valeix

Tous les saxophonistes ayant atteint un niveau d’excellence au saxophone se sont mesurés un jour à une partition appelée Divertimento et composée par Roger Boutry. Cette œuvre phare date de 1963.

Grand Prix de Rome en 1954, Roger Boutry a été professeur d’harmonie au CNSMP de 1962 à 1997. En janvier 1973, après un concours sur titre, il est nommé chef des musiques de la Garde Républicaine et dirige ainsi jusqu’en février 1997 l’orchestre d’harmonie, l’orchestre symphonique, l’orchestre à cordes et les formations de musique de chambre. Roger Boutry continue d’être aujourd’hui, à plus de quatre-vingt ans, un pianiste virtuose et un compositeur actif et recherché. Jérôme Laran est allé le rencontrer pour l’A.Sax.

JL- Quand avez-vous commencé à écrire pour le saxophone ?

RB- Tout a commencé lors de l’obtention du prix de composition au Conservatoire en 1954. Je présentais une œuvre pour piano et ensemble d’instruments à vent, comprenant 19 instrumentistes dont 3 saxophones : soprano, alto et ténor. C’est à cette occasion que j’ai commencé à écrire pour le saxophone. Puis, étant à la Villa Médicis, j’ai écrit Sérénade en 1956.

JL- Pour de nombreux saxophonistes, la Sérénade est postérieure au Divertimento…

RB-…alors que c’est le contraire.

JL- La Sérénade a la réputation d’être d’une difficulté redoutable, même pour Jean-Marie Londeix. On y retrouve le sens mélodique très français et les difficultés rythmiques.

RB- J’ai hérité ça de Marcel Mule. Quand le Divertimento est arrivé, j’ai demandé à Marcel Mule de venir lire la partition. Il l’a déchiffré dans le mouvement. C’était impressionnant.

JL- Comment avez-vous connu Marcel Mule ?

RB- Par mon père qui était tromboniste et très impliqué avec l’Orchestre National de France. C’est d’ailleurs comme ça que, dès l’âge de 18 ans, j’ai joué à plusieurs reprises avec cet orchestre en tant que pianiste, par exemple dans Petrouchka sous la direction de Pierre Monteux, dans la Symphonie de Psaumes sous la direction de Markevitch. Quand le piano est intégré à l’orchestre, il est placé entre l’harmonie et le quatuor à cordes. C’est un positionnement idéal pour entendre l’orchestration. Comme mon père était tromboniste, je me retrouvais plus souvent avec les instruments à vent qu’avec les cordes. Parmi eux, Marcel Mule cherchait à mobiliser les jeunes compositeurs et il m’a vite trouvé.

JL- Quoique très français, vous avez composé de la musique sur des airs taiwanais. Pour moi qui ai une certaine habitude de cette Asie, ce que vous avez écrit ne sonne ni taiwanais ni français. Vous avez réussi à cette occasion un métissage de couleurs étonnant.

RB- Une amie taiwanaise qui est professeur là-bas m’a dit : « les harmonies que vous mettez sous les thèmes Taiwanais, nous, nous ne les connaissons pas et c’est ce qui nous intéresse ». J’ai aussi écrit une œuvre pour violon et orchestre «Pages de folklore taïwanais ».

Ensuite, il y a eu la commande japonaise qui a conduit au Concerto pour saxophones et orchestre symphonique. Fort de ce que j’avais vu faire à Eugène Rousseau lors du Congrès Mondial du Saxophone à Ljubljana, j’ai écrit une œuvre pour deux saxophones (alto et soprano) et un seul instrumentiste. C’est cette formule qui est celle du concerto que Nobuya Sugawa a créé en 2009 à Kanazawa.

JL- C’est édité ?

RB- Chez Robert Martin dans les trois versions (avec piano, avec orchestre d’harmonie et avec orchestre symphonique). J’aimerais bien que les trois versions –qui existent actuellement dans trois CD différents- soient regroupées dans un CD dédié à ce Concerto.

JL- Pianiste, compositeur, chef d’orchestre… La direction d’orchestre, c’est venu comment ?

RB- J’avais 17-18 ans et j’étais à Deauville. Dans une vitrine, je vois un superbe polo avec des manches chauve-souris. J’ai dit « ça, pour diriger, ça devrait être top ». J’étais avec mon père qui a enchaîné en disant : « je te l’achète si tu t’engages à la rentrée à t’inscrire en classe de direction ». J’ai promis, j’ai eu mon polo et j’ai intégré la classe de direction où j’ai passé deux ans.

JL- Avez-vous prévu votre prochaine composition ?

RB- J’ai écrit un quatuor à cordes qui a été créé cet été au Festival du Vigan par le quatuor Akilone (Grand Prix du 8ème Concours de Quatuor à cordes de Bordeaux en 2016) et Emeline Concé, premier violon de ce quatuor, m’a suggéré d’en écrire un deuxième.

Propos recueillis par Christian Valeix