Archives de catégorie : Ressources

Sax, Mule & co

saxmule&co

« Sax, Mule & co – Marcel Mule ou l’éloquence du son »
Jean-Pierre Thiollet
Éditions H&D – Collection Grands interprètes
prix fixe de 28,50 euros

Journaliste et responsable de publication, J.-P. Thiollet est l’auteur de nombreux ouvrages. Il a été notamment rédacteur en chef au Quotidien de Paris, Président du Cercle Victor Eresko et coproducteur d’une intégrale des Études de Chopin. Ce livre contient le texte d’un long entretien que Marcel Mule (disparu en 2001) avait accordé à J.-P. Thiollet il y a une quinzaine d’années, alors qu’il vivait une retraite agréable au bord de la Méditerranée. « Enregistrés, les propos du maître ont fait l’objet d’un minimum d’intervention rédactionnelle. Dans un souci d’authenticité, ils ont été délibérément respectés tant au niveau de leur contenu que de leur expression. S’exprimant en toute liberté, Marcel Mule rétablit certaines vérités, met en garde contre des évolutions qui risquent d’avoir les plus regrettables conséquences, et appelle les compositeurs du monde à s’associer à un renouveau de la création artistique autour du saxophone. … témoignage capital… »
Avec un mini dictionnaire de 200 compositeurs pour saxophone.

Mon point de vue : Pour avoir rencontré personnellement Marcel Mule à Sanary, je retrouve dans ce long entretien toutes les réponses de mes questions posés au maître. Les anecdotes sont identiques à celles de la Vidéo réalisée par Gilles Martin (co-production CNSMDP et Vandoren) et de nombreux points communs avec l’incontournable livre sur Mule de Eugène Rousseau. Cependant, cet ouvrage se définit davantage sur la question omniprésente de l’avenir du saxophone selon Mule, si pessimiste à l’égard des compositions actuels, la non-intégration du saxophone à l’orchestre et la non-reconnaissance des solistes. Marcel Mule évoque fréquemment son mépris pour la musique de jazz. Avec cet entretien, J.-P. Thiollet nous dévoile le portrait d’un musicien intolérant et capricieux.
Comme dans le livre réalisé par Eugène Rousseau, J.-P. Thiollet établit une liste des élèves de Mule au Conservatoire de Paris, une discographie et des points biographiques sur le saxophoniste.
Conçu peut-être pour un public large, J.-P. Thiollet a nécessité également un bref historique de l’instrument, une présentation courte de la facture et fonctionnement du saxophone.

La seconde partie du livre est destinée aux compositeurs pour saxophone (200), notamment une grande majorité des auteurs d’œuvres dédiées ou créées par Mule (injustement oubliés ou sous-estimés selon J.-P. Thiollet) et apporte un éclairage sur des créateurs plus « actuels ».
« cet ouvrage n’a évidemment pas pour vocation d’en publier un recensement exhaustif… », il paraît oublier certains compositeurs majeurs (historiques ou actuels) à en croire la liste ô combien plus dense recensée par Jean-Marie Londeix dans son dernier répertoire universel.

Certains auteurs sont malheureusement « zappés » (notamment certains auteurs d’ouvrages pédagogiques)… et sont cités certains compositeurs qui ont boudé le saxophone (Eric Tanguy, Francis Poulenc par exemple). J.-P. Thiollet cite dans son mini-dictionnaire les compositeurs qui ont introduit timidement le saxophone à l’orchestre symphonique (Puccini) autant que les compositeurs que les saxophonistes ont l’habitude de transcrire ! (Mendelssohn, Rossini etc.)
Est-ce vraiment représentatif de notre répertoire fondamental ?
Point appréciable : les bio et notes sont claires et utiles pour la présentation d’un programme de concert.

A la fin de son livre, J.-P. Thiollet dresse une liste discographique « très-très sommaire » et peu représentative d’une réalité qualitative. Nobuya Sugawa est entre autres oublié !
J.-P. Thiollet dresse également une liste d’adresses utiles… si sommaire qu’elle semble prendre « parti ».

Nicolas Prost

Guide pratique du micro

guidemicro

« Guide pratique du micro »
Norbert Pawera
Éditions Van de Velde
184 pages – parution le 13/01/2006

Quel micro pour quelle utilisation ?
Quels sont les meilleurs réglages micro pour les enregistrements en studio ?
Quels sont les trucs à connaître pour une captation réussie en live ?

Quelques-unes des questions auxquelles répond dans ce livre Norbert Pawera, ingénieur du son et musicien, qui nous livre ici tous les secrets de la prise de son idéale.
Riche en conseils et trucs pratiques, abondamment illustré, Le Guide pratique du micro s’adresse à tous les musiciens et ingénieurs du son qui souhaitent s’épargner beaucoup de temps et d’énergie pour se consacrer à l’essentiel : la musique.
Étudiant toutes les utilisations possibles du micro en studio, sur scène, à l’extérieur, de l’enregistrement individuel à la prise de son en multi-canal, cet ouvrage fait aussi l’inventaire des modèles actuellement sur le marché.

Guide très pratique pour ceux qui veulent faire, essayer ou se perfectionner dans la prise de son, et dans les enregistrements.

Stéphane Sordet

Fernande Decruck

« Fernande Decruck » Jean-Pierre BARAGLIOLI – Florestan BOUTIN
Dapheneo Support disque / Genre classique / Réf. A510
Composition Fernande Decruck
notre avis
Le dernier disque de Jean-Pierre Baraglioli, saxophone alto et Florestan Boutin, piano nous offre un travail rare sur la musique de Fernande Decruck. Enregistré en juin 2005 au studio Cargo, ce disque nous offre une recréation de la musique française des années 1930. C’est un travail de musique de chambre saxophone/piano délicat, intime interprété avec sensibilité, cœur, sans maniérisme. Je pense que vous apprécierez la chaleur et la pureté de la prise de son, ainsi que la musicalité et la souplesse de jeu des deux interprètes. Certaines de ces petites pièces sont de véritables petits bijoux pour saxophone alto classique, aux caractères sérieux ou plus légers. On ressent parfaitement l’atmosphère des compositeurs français du début du XXe siècle, avec une musique très colorée, toujours en mouvement. Le disque comporte des pièces éditées telles que les 8 pièces françaises aux édition Billaudot, Chant lyrique, et Selmera-sax édition Selmer. Les autres pièces sont issues d’un travail de recherche de Jean-Pierre Baraglioli qui a sorti de l’oubli le 3e et 5e chant lyrique, Stars under the moon, Sax-volubile, Complainte de Dinah, The red sax, Jazz toccata, Spleen, et The golden sax. Ceci grâce à la famille Decruck qu’il faudrait peut être contacter pour rééditer ces pièces… Contact/Trouver le disque : jp.bara@free.fr florestanboutin@yahoo.fr

Jean-François Becquaert

Paysages lointains

« Paysages lointains »
Jérôme LARAN
Le Conservatoire de Paris CREC
Support disque / Genre contemporain / Réf. 05/046
Composition Thierry Escaich, Pierre Jodlowski, Bruno Mantovani, Masakazu Natsuda, Astor Piazzolla
notre avis
Jérôme Laran signe ici un disque manifeste. Réalisé dans le cadre de son cycle de perfectionnement au CNSMDP, il mêle œuvres écrites avec (plus que « pour ») saxophone et improvisations.

On pense aux derniers opus de S. Bertocchi (Tandems) ou C. Georgel (Soledades) mais contrairement à ses aînés solistes, ici piano et violon entourent le saxophone pour des miniatures d’une grande intensité (sauf pour un solo au ténor). Nous assistons à l’instant de la création dans lequel pensée et spontanéité se conjuguent. Une grande complicité unit violon, piano (A. Markeas professeur d’improvisation générative au CNSMDP) et saxophone pour un jeu musical que l’on retrouve comme intermède entre chaque pièce écrite.

Pièces d’esthétiques et de format très variées :
Troisième Round de B. Mantovani, véritable concerto d’une grande virtuosité. La partie de saxophone tour à tour se fond dans l’ensemble orchestral ou s’affirme soliste. Chaque saxophone joué (ténor, alto, soprano et baryton) permet d’affirmer son identité, chaleur au ténor, soprano volubile… et de se confronter à chaque instrument de l’orchestre.
Avec Mixtion de P. Jodlowski, le saxophone rencontre un univers électronique foisonnant, riche et mouvant. Le dispositif mêle temps réel et sons fixés. Le compositeur explique : « Le temps de l’œuvre se déroule comme la découverte d’une ville dont la richesse proviendrait de ses multiples facettes. » Le saxophone est ici le promeneur étranger, surpris ou charmé qui s’immerge dans cet univers sonore.
Une version âpre de West or evening song in autumn de M. Natsuda. Un discours au soprano toujours mouvant, ponctué par des percussions, qui nous emmène bien au-delà de la musique occidentale. Saxophone, nouvel instrument traditionnel japonais ?
Un arrangement de Milonga del Angel d’A. Piazzolla permet un retour à un univers plus conventionnel. Arrangement très aérien, soprano souple et délicat.
Chorus de T. Escaich conclue ce cd. L’alto dialogue avec le piano et le quatuor à cordes dans une musique influencée par le jazz mais où l’on retrouve l’univers du compositeur (ostinati, ambiances tendues à l’extrême…).
À l’exception de Piazzolla, le choix de Jérôme Laran s’est porté sur des compositeurs de sa génération, aucune œuvre n’a plus de 10 ans. Dans cette multitude d’esthétiques, voici le disque ancré dans le présent d’un jeune saxophoniste.

Vous pouvez écouter ce disque à la médiathèque du CNSMDP.

contact : jerome.laran@free.fr

Laurent Matheron

Music for saxophone

« Music for saxophone »
JUTLANDIA SAXOPHONE QUARTET
Ixtlan Music
Support disque / Genre classique / Réf. CD-002
Composition Kasper Jarnum

notre avis
Kasper Jarnum est un compositeur danois peu connu en France. Il consacre ce disque au saxophone dans plusieurs configurations :
Sax baryton solo, « When you listen » 2001
interprété par Kasper Hemmer Pihl

Trio sax soprano, clarinette et basson « Introduction » et « Scherzo » 1996
interprété par Michael H. Lund (sax), Florian Navarro (clarinette), Eric Beselin (basson)

Sax soprano solo, « Repulsion I » 1996
interprété par Kasper Hemmer Pihl

Deux sax ténors, « Buzzingdreams » 2002
interprété par Kasper Hemmer Pihl et Claus Olesen

Sax et percussion, « Der Totschlâger und des Rattenfânger » 2001
interprété par Claus Olesen(sax), et Henrik Larsen(percussion)

Sax ténor et piano, « Repulsion II » 1997
interprété par Kasper Hemmer Pihl et Kasper Jarnum(piano)

Quatuor de sax, « Carrying Capacity of the Universe » 2002
Jutlandia Saxophone Quartet avec Claus Olese(sop), Florian Navarro(alto), Michael H.Lund(tenor), et Kasper Hemmer Pihl (baryton).

La musique de Kasper Jarnum est basée sur le travail des timbres, des mélanges de couleurs sonores du saxophone et des autres instruments. Très expressif, ce discours dans une grande homogénéité fond distorsions sonores, mélodies lentes, polyphonies et rythmiques simples. C’est un grand travail sur les masses sonores que la richesse timbrale du saxophone met particulièrement en valeur. Il y a aussi des colorations de musique traditionnelle, et une sensibilité donnant des élans romantiques aux « mélodies » atonales.

La sonorité, toujours le son avant tout, la virtuosité est dans la réalisation d’une recherche de perfection sonore, de plénitude sonore.

Ce disque est une collaboration musicale remarquable des interprètes et du compositeur.

Contact compositeur : kasper@jarnum.dk
Interprètes :
www.jutlandia-sax.com
www.duokapow.dk
www.kasperpihl.dk
www.duosax.dk

Jean-François Becquaert

Solosax

« Solosax »
Luigi GALLO
AUR
Support disque / Genre classique / Réf. AUR CD 6012
Composition Luciano Berio, Paul Bonneau, François Danieels, Claude Debussy, Stephen Morland, Victor Morosco, Ryo Noda, Jeanine Rueff, Marco Tutino
notre avis
Le dernier disque de Luigi Gallo (saxophoniste italien) au titre évocateur nous présente son travail de soliste autour de pièces du répertoire classique du saxophone alto avec des œuvres originales ou transcrites :

Claude Debussy, « Syrinx »
Jeanine Rueff, « Sonate »
Luciano Berio, « Sequenza IXb »
François Danieels, « Suite »
Ryo Noda, « Maï » et « Improvisation I »
Stephen Morland, « Recitatives »
Paul Bonneau, « Caprice en forme de valse »
Victor Morosco, « Blue caprice »
Marco Tutino, « The game is soft »

Luigi Gallo nous offre une belle version de ces œuvres dans une esthétique très homogène et très virtuose. Cependant, je trouve qu’il y a parfois trop de réverbération, et un son global très métallique. Mais les qualités musicales et l’impressionnante vélocité du musicien passeront au dessus, c’est vraiment un bon exemple de jeu facile du saxophone alto classique.

Jean-François Becquaert

Soul role

« Soul Role »
Stéphane GUILLAUME
O+ Music – Distribution Harmonia Mundi
Support disque / Genre jazz / Réf. op 104 hm 87

notre avis
Un presque 1er album (des précisions dans les Cahiers du Saxophone N° 17) pour ce multi-instrumentiste qui s’est forgé une place de choix dans le jazz hexagonal. Depuis une dizaine d’années on l’a vu avec L. Cugny, P. Caratini, le Paris Jazz Big Band, C. Nougaro, D. Lockwood ou M. Benita pour les plus récents. Riche de ces expériences et rencontres, Stéphane Guillaume s’entoure d’une section rythmique impressionnante (soutien, précision et richesse sonore, tout y est !) : Marc Buronfosse – contrebasse, Antoine Banville – batterie, et de Paul-Christian Staïcu — piano, fender rhodes, Claude Egéa – bugle et trompette, David Patrois – vibraphone, marimba, Frédéric Favarel – guitares et Daniel Yvinec – basse et direction artistique.

D’un point de vue instrumental c’est impressionnant. S. Guillaume déploie une large palette sonore sur chaque instrument employé (il alterne saxophone ténor, alto, soprano, clarinette, clarinette basse, flûte, flûte alto quand il n’en joue pas en même temps par le biais du re – recording). Techniquement c’est souvent redoutable et son phrasé est impeccable.
7 des 10 compositions sont signées S. Guillaume. L’orchestration est magnifique et pour varier les plaisirs, l’effectif change tout au long du disque.

Je pourrais continuer les éloges comme ça sur plusieurs pages, c’est assez facile après l(es)’écoute(s) de ce disque. Mais précisons un peu.
Nous trouvons 3 plages en quartet : Sur le Tarmac serait, s’ils existaient encore en jazz, le « single » de ce cd. Une intro au ténor à couper le souffle, un tempo infernal avant que cela ne débouche sur un thème plus aérien.
Avec Piana on prend son temps. Homogénéité de l’ensemble, respiration du pianiste, solo de contrebasse avant un nouveau solo de ténor éblouissant.
Rascar Capac, hommage à Lionel Benhamou, est un long Rubato dans lequel le soprano reste très méditatif.
C. Egea rejoint le quartet sur A Ciel Ouvert, complicité des deux soufflants qui n’en sont pas à leur première rencontre, et sur Charivari avec également F. Favarel à la guitare électrique (intro mémorable) Pour l’occasion P-C. Staïcu échange son piano pour un Fender Rhodes. Ça groove, les solos de soprano puis de trompette somptueux.
Avec D. Patrois et D. Yvinec sur Formica Léo on pense au Dave Holland Quintet : le vibraphone bien sûr mais aussi la mesure, et l’impro débridée au ténor façon Chris Potter.
Duo intime, Les Sources de la Romanche avec un thème magnifique à la flûte accompagné par le vibraphone.
Un superbe trio, Soul Role, hommage au West Coast (surtout J. Giuffre et son trio avec J.Hall et B. Brookmeyer). S. Guillaume (à la clarinette) glisse sur la paire Favarel-Buronfosse ; c’est beau, un vrai régal !
Les 2 autres trios bénéficient d’anches démultipliées… Urban Trek, l’intro du cd. C’est feutré, les contre-chants sont fluides (flûte, flûte alto, clar, clar basse…).
Et Maître Nhôm, enivrant, ambiance mystérieuse, accentuée par les mélismes de la clarinette basse et les entrelacements de la clarinette et du sax alto.

Le fil conducteur : un musicien brillant !

Laurent Matheron

Soledades

« Soledades »
Claude GEORGEL
Metavdo
Support disque / Genre contemporain / Réf. CD 01

notre avis
Soledades est le dernier disque de Claude Georgel pour saxophone solo, saxophone et bande. Soliste, Chambriste et professeur au CNR de Nancy, Claude Georgel nous propose une œuvre originale qu’il interprète et ou compose avec beaucoup de personnalité.

Saxophone solo soprano, alto, baryton :
« Soleil noir », « Rivage Pâle », « Hachoir », « Sel mouillé », « Aiguille rouge » sont ses pièces composées et jouées dans un discours contemporain coloré avec effets d’enregistrement efficaces. C’est une musique très imagée. Une belle performance.

Les « trois danses Syldaves » pour saxophone soprano de Vincent bouchot issues de l’édition musical « vent de sax » de Claude Georgel. Le titre est assez évocateur… j’avoue qu’elles me sont assez obscures…

« Lobük constrictor » de François Rossé pour alto solo. Une pièce du répertoire de saxophone contemporain où comme souvent le compositeur utilise les possibilités sonores et expressives d’une manière efficace et réussie.

Saxophone alto, ténor, baryton et bande :
Un langage musical particulier mariant free jazz, discours contemporain et dynamique rock… des idées originales très rythmiques ou étirées dans le temps.

« Reprise, Echo, Accumulation » de Dominique Clément pour saxophone alto (comme le titre l’indique) utlise des effets donnant une épaisseur sonore et un mouvement répétitif entraînant.

« Prélude à kanente » et « Kanente » de François Rossé issues de l’édition musical « vent de sax ». Ces pièces sont pédagogiquement très efficaces et très claires, de plus l’ensemble bande et saxophone alto sonnent bien.

« In situ » de Dominique Répécaud une pièce « trash » pour baryton et bande (saturations remix…) du « free rock sax » à découvrir.

« Soledades » est un parcours de quatre pièces écrites par Tomàs Gubitsch. Chacune d’elles a son esthétique distincte et montre le saxophone ténor solo dialoguant avec une bande percussive. Une sorte de thème qui se transforme en quatre parties et se développe en fonction des atmosphères sonores de la bande.

Contact : claude.georgel@free.fr

Jean-François Becquaert

Trio Accanto

« Trio Accanto »
TRIO ACCANTO
Assai
Support disque / Genre contemporain / Réf. 222502
Composition Stefano Gervasoni, Toshio Hosokawa, Brice Pauset, Mauricio Sotelo
notre avis
Yukiko Sugawara, piano
Marcus Weiss, saxophone
Christian Dierstein, percussion

4 pièces :
Réalisées avec une très grande finesse musicale, ces quatre pièces font du Trio Accanto (sax, piano, percussion) une formation de référence dans ce domaine.

Mauricio Sotelo : « De Magia » (1995)
Le thème annonce tout de suite le monde où le compositeur veut nous emmener : les deux traités de magie de Giordano Bruno écrits en Allemagne en 1590.

« […] Giordano Bruno rapproche dans toute son œuvre les concepts d’espace et de matière, en définissant l’univers comme un objet empreint d’esprit et d’intelligence, peuple dans ces traités le monde d’une variété infinie de démons : apparitions évanescentes de la substance unique de l’univers, traces d’une écriture en hiéroglyphes fantomatiques […] »

Mauricio Sotelo

La magie, la sculpture d’Alberto Giacometti (l’homme qui marche), et la pièce pour deux violons de Luigi Nono (Hay que camina, sognando) nourrissent aussi le thème surnaturel du son qui : « atteint ici sa forme corporelle par un mouvement lent et continu. Il dessine dans l’espace une sorte d’écriture hiéroglyphique : lien ou nœud des mondes possibles, de temps, d’espaces ou de relations qu’il traverse en se mouvant. » Tout est dit…

C’est une très belle pièce pour découvrir la musique « d’action théurgique », l’atmosphère sonore y est extra-ordinaire.

Toshio Hosokawa : « Vertical Time Study II » (1994)
Le thème est celui de l’espace sonore au sens large du terme. Le sax baryton puis le piano et la percussion dialogue grâce à des ponctuations sonores suivies de moments de détentes étirés dans le temps. Cette pièce est dans la continuité de l’époque sérielle, dodécaphonique.

« Le saxophone représente la voix d’un homme isolé dans la nature universelle, figurée par les deux autres instruments, qui l’enveloppe et en même temps le cerne de manière inquiétante […]»
« La profondeur de chaque note est essentielle. Elles naissent des tréfonds de l’arrière-plan pour y retourner ensuite […] »

Toshio Hosokawa

Stefano Gervasoni : « Rigirio » (2000)

[Le thème a priori du mot rigirio] « est extrait d’un poème de l’auteur italien contemporain Franco Fortini : il signifie le fait de tourner sur soi-même avec un sentiment de torture, tout en y trouvant un certain plaisir […] »

Stefano Gervasoni

La musique est pourtant assez planante, elle travaille transforme imagine un monde qui torture notre fameuse quinte juste, tempérée et naturelle. C’est là que l’intérêt de la juxtaposition sax baryton et piano percussion marche encore très bien grâce au trio Accanto. Les sons du baryton medium grave mélangés au marimba donnent un son boisé très chaleureux.

Brice Pauset : « adagio dialettico » (2000)
Le thème est ici une certaine définition du baroque par Guy Debord : « comme un monde qui aurait perdu son centre ».

« Dans cette musique rien ne se fixe, chaque nouvel élément est une tentative possible de résorption dialectique de tensions ».

« Mon premier empressement a été de me démarquer autant que possible des habituels clins d’œil au jazz et à ses sempiternels clichés tiédasses. »

Brice Pauset

Apparemment, le compositeur n’aime pas le mélange de style… Marcus Weiss est toujours aussi brillant au soprano, malgré cette musique très décousue, il arrive à la faire vivre et transcende la partition.

Un très beau disque.

Pour le trouver, contacter Marcus Weiss : marcusweiss@tiscalinet.ch

Jean-François Becquaert

Filles de Sax

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« Filles de Sax »
Michel Brun
Éditions Le Publieur
Le rôle de l’A.SAX est de vous parler des nouveautés en saxophone.
Voici un livre qui vient de sortir et qui parle beaucoup de notre instrument.

Il s’agit de “Filles de Sax”, premier roman de Michel Brun. Éditions Le Publieur.

Michel Brun est graphiste de profession et pratique le saxophone en amateur depuis sa plus tendre enfance.

J’ai divisé le livre en deux parties.

Pour moi, la première partie est très naïve, très éloignée de la réalité, mais après tout, un roman n’est pas obligé de nous parler du quotidien et puis le public visé est plutôt jeune. Les jeunes saxophonistes, justement y trouveront des éléments très intéressants sur leur instrument favori (répertoire, historique, techniques…).
De plus, en exergue de tous ses chapitres, une petite citation donne un côté vivant au livre et le rend digne d’un certain intérêt.

Parlons de la seconde partie, qui pour moi, débute lorsque le quatuor se fait engager pour sa 1ère croisière.
L’histoire se noie dans un pseudo policier abracadabrant et glauque. C’est comme si on passait brusquement de l’insouciance de l’enfance aux pires horreurs inventées par les hommes : mafia, prostitution, trafic de femmes…
Le summum étant la (brève mais dure) description d’un viol collectif.
Je n’ai rien contre les livres policiers, bien au contraire, même les plus violents, mais il faut choisir son camp. On écrit pour les enfants ou pour les adultes. Difficile de faire les deux à la fois !
Alors, il est tout à coup impossible de laisser ce livre entre les mains des plus jeunes.

Il est vrai que ce roman est avant tout un prétexte pour parler du saxophone et que c’est suffisamment rare. Mais je n’ai franchement pas compris le trajet de l’écrivain.

En résumé, que dire ce livre ?

Disons que la 1ère partie est pédagogique et à conseiller plutôt à des jeunes filles de 10 à 12 ans, motivées par le saxophone mais à déconseiller pour les adultes qui le trouveront très “jeune”. Quant à la 2ème partie, elle n’est pas à laisser entre toutes les mains.

Vous aurez compris que je n’ai pas beaucoup aimé ce livre, même si je lui concède un côté pédagogique certain.

Libre à vous de juger par vous-mêmes, mais vous aurez été prévenus…

Nathalie Villedieu